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Ali Mbae Camara

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Ali Mbae Camara : « Incompris et mal-aimé, on m’a sifflé et jeté des œufs »

Invité de la plateforme Comores Presse Sportive, Ali Mbae Camara a répondu samedi aux questions de la presse sportive comorienne dont est membre Comoros Football 269. Ancien sélectionneur des Cœlacanthes, le technicien comorien a évoqué ses deux passages à la tête de l’équipe nationale mais aussi a abordé des sujets de l’actualité du football comorien. Ses débuts avec les Verts en 2006 en Arab Cup of Nations aux préliminaires du Mondial 2010, la formation de base, l’organisation du football local entre autres.

Le premier sélectionneur des Comores sous l’ère FIFA

Comores Presse Sportive : Les Comores ont été officiellement affiliées à la FIFA en 2005, une année plus tard vous êtes désigné sélectionneur des Cœlacanthes. Le 1er sous cette nouvelle ère. Qu’est-ce que cela représentait pour vous qui venez de rentrer fraîchement au pays ?

C’est avec beaucoup de joie, une grande fierté que le premier sélectionneur des Comores sous l’ère FIFA était Comorien. J’ai toujours été un patriote. Je n’ai pas eu la chance en tant que joueur de faire partie de cette sélection. Je vous laisse comprendre que ces années-là ce n’était pas possible. Personnellement, j’ai sollicité plusieurs fois le sélectionneur pour que je sois retenu. Quitte à payer moi-même mon billet. A mon époque, il n’y avait que les Jeux des îles de l’Océan Indien comme compétition. Mais j’ai eu la chance plus tard d’être le premier sélectionneur de mon pays dès son admission à la FIFA. Ce fut une grande fierté d’avoir aidé bénévolement mon pays.

Ali Mbae Camara
Première rencontre des Comores sous l’ère FIFA face au Yémen le 14 décembre 2006

Comores Presse Sportive : Comment vous avez vécu vos débuts au tour préliminaire des qualifications de l’Arab Cup au Yemen en décembre 2006 ?

Nous étions partis au Yémen qu’avec des joueurs locaux. Si la mémoire est bonne, la sélection était composée de 16 joueurs. Mais à cette époque c’était le partage des gâteaux entre les îles sur le nombre de joueurs qui doivent être retenus. J’ai fait ma liste et suis rentré en France voire mes enfants avant le départ. Je me souviens qu’on m’a appelé pour me dire qu’il y avait des joueurs qui étaient malades et qui ne pourront pas faire le voyage. Mais j’ai vite compris que c’est pour mettre des joueurs à la place d’autres. J’ai directement appelé le DTN Abalanrabou Abdou Chacour (Gaga) pour lui signifier que je déposerais ma démission si un des joueurs de ma liste est remplacé. Il m’a réitéré son soutien mais l’affaire est allée jusqu’à impliquer le président de la république. Heureusement il n’est pas intervenu. Arrivés à Sanaa, il faisait un froid de canard. On a joué 24h après notre arrivée face au Yémen (2-0, ndlr). Notre groupe devait comprendre aussi la Palestine, mais forfait, nous avons terminé la compétition avec une victoire 4-2 face à Djibouti.

Mon pays n’est pas à vendre. C’est ce que j’ai de plus précieux

Comores Presse Sportive : Beaucoup de rumeurs et accusations ont circulé en 2007 à après la défaite face à Madagascar (3-0) aux Jeux des îles de l’Océan Indien. Pouvez-vous revenir sur le déroulement de cette compétition ?

Il suffit de revoir les images de la télévision malagasy. Après notre performance face aux Réunionnais (1-1), on a commencé à faire peur. Face aux caméras j’ai déclaré que c’est désormais révolue l’époque où les Comores ne faisaient que de la figuration. Mais avant de faire face aux Barea, l’équipe n’étais pas au complet. Il y avait par exemple Yacine Saandi qui avait la cheville enflée pendant quatre jours et qui n’a pas pu faire la même prestation que contre La Réunion. Il y a aussi d’autres aspects techniques plus qu’étonnante. Les crampons qui étaient mis à notre disposition c’était de la pacotille. Notre défenseur central Ali Mondjie (Kalé) en a d’ailleurs souffert.

Mais au-delà de ces aléas, nous avons bien tenu face à Madagascar en première période. C’est après que tout s’est écroulé. Pour la simple raison que nous n’avions pas un banc solide. J’avais trois joueurs blessés dans le match et pas les moindres. Les changements effectués n’ont pas pu faire quelque chose. Finalement on a pris 3 buts dans les 20 derniers minutes. Et aussi, il faut reconnaître que Madagascar était bien supérieur dans cette rencontre. Une défaite comme une autre. Mais depuis ce jour, je suis devenu la tête de Turc du football comorien. Les gens ont inventé des choses après comme quoi ” Camara a vendu le pays “. J’aimerai aujourd’hui leur rappeler que mon pays n’est pas à vendre. C’est ce que j’ai de plus précieux. La terre qui m’a vu naître et qui m’est chère.

Mal-aimé, très peu de gens m’ont compris et aidé

Comores Presse Sportive : Vous avez déclaré chez des confrères en 2011 que vous étiez rentré dans votre pays pour l’aider. Avez-vous le sentiment que vous étiez incompris et que vos joueurs et les autorités ne vous ont pas aidé en retour ?

Très peu gens m’ont aidé et très peu m’ont compris. Bien que j’eusse la confiance de l’ancien président Salim Tourqui et d’Abalanrabou Abdou Chacour. Ils ont toujours fait de leur mieux. Après les JIOI 2007, il y a des joueurs qui m’ont lâché. Mais un jour ils reconnaîtront que je n’ai jamais dit iy fait ce dont ils ont raconté sur moi. J’en ai vu des choses à mon retour de Madagascar mais je suis un homme. Un homme avec tous ce qui suit un homme. Je me suis senti abandonné et ça m’a vraiment fait mal. Mais je n’étais pas abattu. Je me suis révélé car mon pays avait besoin de moi. Vous savez, on m’appelle le mal-aimé. Mais comme j’avais des bonnes convictions pour mon pays et étant un professionnel, j’étais bien conscient que je ne peux pas plaire à tout le monde. Peut-être qu’au jour où je ne serai plus de ce monde, les gens se rappelleront de quelque chose que j’ai fait. Rien que pour rafraîchir la mémoire de certains, la première victoire des Cœlacanthes sous l’ère FIFA a été décroché au face au Djibouti au Yémen en tour préliminaire de l’Arab Cup of Nations 2009.

Je n’ai jamais été licencié durant mes deux aventures

Comores Presse Sportive : Quel est votre plus grand regret si vous devriez faire un break sur votre carrière de sélectionneur des Comores ?

L’homme ne doit pas se nourrir de regrets. Du moment que je peux me regarder dans une glace me disant que je n’ai pas triché ça me convient. Être le premier sélectionneur de mon pays cela m’a vraiment comblé. Je n’ai jamais été licencié durant mes deux aventures avec la sélection. Pareille aussi quand j’étais Directeur Technique National (DTN). En 2007, quand je suis revenu de Madagascar avec un match aller du tour préliminaire de la Coupe du Monde 2010 (défaite 6-2, ndlr), on sortait d’une période de ramadan de 30 jours. On a d’ailleurs joué la veille de l’Aïd avec une chaleur accablante à Antananarivo. Le corps humain ne peut pas répondre et çà un athlète de haut niveau le sait très bien. Certaines personnes qui ignorent ce paramètre ne voient que le score.

Ali Mbae Camara
Ali Mbae Camara au siège de la FFC aux cotés d’ Ayman Abdou et Hamada Jambay

A mon retour au pays, on m’a sifflé et on m’a jeté des œufs. Un de mes amis, que je ne citerais pas le nom, s’est donné l’autorisation ou bien on lui a dit, de me montrer que c’est lui qui va me succéder. Je n’ai aucune rancune ni des problèmes avec lui. J’ai toute su ce qui se manigancer. Une fois au siège de la fédération, j’ai déposé ma lettre de démission au président Salim Tourqui. Mais je laisse aux gens de juger la situation. J’ai encaissé 6 buts dans des conditions difficiles et marqué 2 précieux buts à l’extérieur. Et qu’en est-il du match retour, qu’ont-ils fait (défaite 4-0 à domicile) ? Est-ce-que ces gens étaient meilleurs que moi ? En 2013, je venais de perdre la mère de mes enfants en France. J’étais dans la l’obligation de retourné en Europe pour m’occuper et subvenir aux besoins de mes enfants. Ce qui a conduit à ma démission.

Ne reconnais aucune valeur de football au sein du CoNor

Comores Presse Sportive : La Fédération a eu à traverser des crises diversifiées ces dernières années jusqu’à la mise en place par la FIFA en novembre dernier d’un Comité de Normalisation. N’avez-vous vous jamais pensé à faire partie de administration de cette institution ?

Je suis vraiment navré avec tous ce qui se passe actuellement à la fédération. On avait fait un pas de géant vers l’avant et j’ai peur aujourd’hui que l’on régresse. Si j’avais su qu’il y avait un appel à candidature pour le Comité de Normalisation, j’aurais postulé. Je suis toujours disposé à aider mon pays. Mais je sais qu’il n’y en avait pas eu. C’était du bouche-à-oreille. Et je ne reconnais aucune valeur de football parmi les membres du CoNor, à l’exception de Hamada Jambay. D’où sortent les quatre autres ? J’aurais aimé que ça soit des gens du milieu. On ne constate aucune progression depuis leur nomination. On connaît bien des choses mais ce n’est pas le moment de faire des révélations. Actuellement on a besoin de s’unir pour bien faire les choses. Mais quand on entend certains s’exprimer, on remarque rapidement des textes préalablement écrits qu’ils ne font que réciter. Pour certains, on aurait crû entendre une récitation d’un texte sur Gargantua.

Les expatriés, je me suis fait insulter d’un ” noir-blanc “

Comores Presse Sportive : Vous avez été sélectionneur des Cœlacanthes à deux reprises. Vous connaissez bien l’équipe. Cela fait déjà 15 ans que nous sommes affiliés à la FIFA. Comment jugez-vous l’évolution du football comorien notamment les Cœlacanthes ?

Le football comorien évolue de jour au jour. Quand j’ai pris les rênes des Cœlacanthes, la colonne vertébrale de mon projet était de faire appel aux expatriés. Spécifiquement nos jeunes joueurs évoluant en Europe. Je suis le premier à faire venir des expatriés en équipe nationale. Je vous assure que je me suis fait insulter par la suite d’un ” noir-blanc “ qui voulait dénigrer le football comorien. Mais j’étais convaincu qu’il fallait d’abord une ossature pour aller tutoyer les grands en Afrique. Il n’y a aucune sélection au monde actuellement qui n’est pas composée d’expatriés. La vitrine d’une fédération et d’un pays reste l’équipe nationale. Aujourd’hui les Cœlacanthes font la fierté de tous les Comoriens avec ce modèle. Quelle fierté pour Camara ! Insulté il y a des années pour avoir dit que notre salut viendra de ces jeunes de la diaspora. Toujours est-il qu’il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Développer le football d’un pays est comme bâtir une maison. Il faut absolument une très bonne fondation. Nous devons aussi miser dans la formation des jeunes au niveau local. Quand j’étais là (en tant que DTN aussi, ndlr), je me suis aussi battu pour la formation.

On doit faire confiance au sélectionneur Amir Abdou

Comores Presse Sportive : Comment trouvez-vous la gestion de l’équipe nationale sous votre successeur Amir Abdou et ce dont il a mis en place depuis sa nomination ?

Je suis très fier de notre équipe nationale. Fier qu’il ait des gens qui travaillent et qui se donnent vraiment à fond dans leur mission. Des joueurs à l’actuel sélectionneur Amir Abdou et son staff technique que je félicite au passage. Je redemanderai à tous de respecter ses choix parce qu’il fait de son mieux. Lui qui s’est fait insulté [comme moi] hier et qu’aujourd’hui on l’adule pour son travail. Étant le père du projet dont il a perpétué, je ne cesserai jamais de le défendre. On se doit de lui faire confiance. Je serai le premier à le féliciter si on se qualifie. Les critiques il y en aura toujours. Il n’y a que ceux qui ne font rien qu’on ne critique jamais. Il y aura toujours quelque chose à améliorer et Amir Abdou fait de son mieux.

Quand j’étais encore en place, j’ai toujours dit qu’il faut laisser travailler les techniciens. Je ne me suis jamais laissé faire parce que je connais très bien mon pays. Je me suis bien battu et aujourd’hui j’en suis fier des résultats. J’espère qu’on ira encore plus loin. Mon rêve est de voir Amir Abdou et ses joueurs décrocher leur qualification pour la CAN 2021. Mais attention, soyons patient, le plus dure reste à venir. Désormais, personne ne prend plus les Comores à la légère. À nous de confirmer cette progression. Il nous faut aussi un banc solide. Les gens qui ne connaissent pas le football ne comprennent pas son importance. Seuls les techniciens en sont conscients. Si on les laisse travailler, nous aurons une très bonne équipe à l’horizon 2022.

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