Suivez-nous sur
Ali Chahidi

Espace Jeunes

Ali Chahidi : « Peu de nos concitoyens croit au projet football »

Fermé depuis octobre 2017, le centre de formation Académie Twamaya pourrait rouvrir bientôt selon Kanizat Ibrahim, présidente de la FFC. Ouvert en septembre 2010, le centre était destiné à être la pépinière du football comorien. D’une capacité d’accueil de 30 pensionnaires, l’Académie Twamaya formait des jeunes âgés entre 13 et 15 ans sur une durée de trois ans. Deux générations sont sorties du centre tandis que la troisième, entrée janvier 2016, n’a pas pu terminer sa formation. Ancien Directeur de cabinet de Salim Tourqui, ancien président de la FFC, Mohamed Ali Chahidi était au premier plan dans la politique de formation des jeunes de l’ancien raïs. Il répond à nos questions.

Échec de la politique d’autofinancement de l’Académie

Ancien directeur de cabinet de Salim Tourqui, quel rôle avez-vous eu dans la politique de formation des jeunes de l’ancien président de la FFC, particulièrement avec l’Académie Twamaya ?

Avant d’intégrer la FFC, j’agissais à la Ligue de Ngazidja en qualité de Secrétaire Générale. Ce n’est qu’en fin 2012 que le Président a jugé nécessaire que j’intègre son cabinet. L’Académie a toujours eu une large autonomie de gestion de sa politique managériale. A mon arrivée, j’ai eu l’occasion de rédiger un document de politique du Président que je l’ai remis en présence d’une délégation de la FIFA, lequel mettait l’accent sur l’essence du football des jeunes. J’ai eu également l’honneur d’aller dans certaines académies de France, prendre la température pour une éventuelle promotion de nos jeunes. Et tous les acteurs externes me recommandaient des documents supports notamment des fiches techniques de suivi, le programme de formation académique, des séquences vidéo desdits jeunes. Au retour, je demandais à Jean-Paul Rossignol (ancien directeur du centre, ndlr) mais ces outils manquaient. Aucune base scientifique n’était à la disposition de la FFC.

Un manque de matériels et d’équipements qui expliquerait peut-être les difficultés financières qu’a connu le centre depuis 2013 ?

Justement, comme le financement FIFA commençait à faire défaut, nous nous sommes donnés comme objectif de faire la promotion de deux à trois jeunes pour, non seulement faire la promotion du football local, mais aussi de créer des ressources propres pour faire prospérer le centre. Et le rapport sur Rossignol étant établi, la FIFA s’est obligée de mettre à la disposition de la FFC un autre encadreur, pour poursuivre la mission. Car, l’échec sur une politique d’autofinancement de l’Académie a été lourd.

Quatre mois avant sa fermeture, vous aviez reçu le chargé de recrutement du LOSC Fernando Da Cruz dans le cadre d’une mission d’évaluation pour un éventuel partenariat avec le centre. Avant lui, en 2014, un partenariat avec Amiens SC était évoqué sans suite. Comment expliquer que durant son existence l’Académie n’a jamais réussi à établir un partenariat à l’international ?

Ali Chahidi
Mohamed Ali Chahidi et Fernando Da Cruz lors de sa visite aux Comores

Alors, là vous me rappelez bien de la chose. C’est de comprendre que je me suis rendu à Lille, un an avant pour que leur centre vienne jumeler avec le nôtre dans cette optique. Mais son calendrier n’avait pas permis de s’y rendre rapidement. C’était justement moi-même qui menait ce combat. Mais comme disait l’Africain, tout le monde n’avait pas été convaincu de la démarche. Il a été considéré comme l’invité personnel d’Ali Chahidi. Dans ce même élan, nous avons multiplié les compétitions des jeunes dans l’océan indien pour qu’ils puissent être identifiés dans la sous-région avec l’UFFOI. La FIFA avait abandonné le projet bien avant. Le Président, convaincu de la stratégie, demandait aux élus d’injecter des fonds de fonctionnement à la FFC pour voir comment relever le défi. Mais en vain, l’année suivante, le Comité s’est trouvé face à beaucoup de difficultés. Obligé d’écourter le cursus par grève des stagiaires, ne sachant pas qu’il n’y avait pas les fonds FIFA comme avant.

Da Cruz était intéressé au projet de jumelage avec le Losc

Vous dites que tout le monde n’avait pas été convaincu. Y compris au sein de la fédération ?

Quand je dis tout le monde, c’est justement ça. C’était surtout une poignée de la FFC qui avait foi à cette démarche. Peu de nos concitoyens croit au projet football. Même ceux qui sont à l’intérieur de l’institution. C’est écœurant. Pourtant le football est porteur d’une grande réussite dans la vie. L’intégration et le football lui-même, en pro ou semi professionnel.

Quelle suite avait donné Da Cruz après sa vite en juin 2017 ? Un tel partenariat aurait pu, du moins, alléger les problèmes financiers du centre.

En effet, je le sais et je le crois profondément. Da Cruz, déjà il a été intéressé au Projet. Certains jeunes lui avaient convaincu à l’exemple de feu Youssouf Saïd Mohamed de Ouellah. Mais le LOSC, malgré les moyens soumis pour maintenir le club, les difficultés persistaient. Le club s’est donc concentré sur le maintien en attendant les AG du Conseil. Et concernant Amiens SC, la crise battait un record de non-retour. Ce qui les a conduits de tout abandonner. Il s’agissait des années noires de la sous-région je crois. J’étais même allé aux Yvelines, là où Nicolas Anelka a eu sa formation de base pour prospecter, mais trop d’exigence…

N’y avait-il pas un moyen d’établir des partenariats au niveau africain. En Afrique du Sud par exemple pour la sous-région Cosafa ou dans les pays du Maghreb ? Deux zones où l’on retrouve des championnats professionnels et propices pour l’épanouissent des jeunes.

En effet, mais nous sommes pas trop modestes dans ce sens d’intégration. Au Sud, avec les matchs de la Cosafa, on n’avait pas senti cette chaleur de nous intégrer, surtout avec la francophonie. Je disais d’ailleurs aux joueurs d’aller se familiariser avec les autres joueurs étrangers, car ils jouent aussi leur rôle dans le recrutement. J’avais eu aussi des fédérations et amis entraîneurs qui croyaient réaliser certaines prospections. Même j’avais demandé au défenseur de Volcan Club, Habib Youssouf, de réaliser des petites vidéos personnalisées pour un club au Golf. Soit il n’a pas été intéressé, soit il n’a pas eu le temps de les faire. J’allais pouvoir faire bouger certes des lignes, mais la formation de départ n’avait pas les outils techniques de base pour faciliter la promotion de nos jeunes talents. Autrement-dit, on y croyait pas tellement à ce sens de management de notre football.

Propos recueillis par Boina Houssamdine

Partager sur :

Étudiant en Mathématiques, fondateur et administrateur de Comoros Football 269. Un passionné de football africain et un éternel fan de Young Africans (Yanga). Entre le Taarab qui l'inspire et d’être possédé au moindre lyrics d'un Igwadu, il demeure au moins un Makua de culture Swahili.

Cliquez pour commenter

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
25 + 3 =


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

L’actualité locale

Plus dans Espace Jeunes